Le 7 mai 2021, sur la chaîne Cnews, Jacques Attali faisait face à Eric Zemmour pendant une heure au sein de l'émission Face à l'info animée par la bienveillante et rayonnante Christine Kelly.

Ce débat a tenu une partie de ces promesses. D'un côté, Eric Zemmour, chroniqueur et polémiste controversé. De l'autre côté, Jacques Attali intellectuel visionnaire - mais  personnage pouvant également susciter chez certains la controverse.

Au niveau de l'enchaînement des échanges, Eric Zemmour a manifesté quelques difficultés à laisser s'exprimer son interlocuteur. 

Au cours du débat, Eric Zemmour et Jacques Attali, ont tous les deux ont déroulé leur argumentaire habituel. Eric Zemmour a exprimé, comme il le fait de manière peut-être un petit peu répétitive, la nécessité de "sauver la France" face à ce qu'il considère comme des menaces existentielles. Jacques Attali a rappelé la nécessité de la mise en place d'une coordination la plus large possible, au niveau mondial, pour permettre au monde de relever les grands défis qui attendent les hommes au cours des prochaines décennies, dont la résolution de la crise écologique.

Le premier point sur lequel je vais réaliser un focus concerne la raison pour laquelle certains sujets ont été particulièrement clivants entre les deux hommes. Les échanges  ont mis en évidence plusieurs antagonismes importants, chacun d'eux s'appuyant ou bien rejetant les statistiques officielles ou bien les résultats d'études de chercheurs. Cette observation était intéressante, car elle sera amenée à se répéter à de nombreuses reprises au cours des prochains mois, dans le cadre de la perspective de l'élection présidentielle, avec différents interlocuteurs sur différents sujets. Il est nécessaire de rejeter le complotisme mais le complotisme se nourrit de l'approximatif des statistiques ou bien de l'approximatif des études. Notre pays a besoin d'un nouvel élan, collectif. Afin de pouvoir enclencher cette dynamique, il y a un pré-requis, c'est celui des constats partagés. Cela signifie que les diagnostics doivent être partagés. Si l'on prend l'exemple de l'indice des prix à la consommation dont découle une série de choix politiques, on s'aperçoit que cet indice n'est pas suffisamment fonctionnel (Voir l'excellente explication de Alexandre Mirlicourtois sur Xerfi Canal). Il y a donc un premier travail de la puissance publique à réaliser pour repenser l'efficience des statistiques en France et si nécessaire, en construire de nouvelles. Un autre sujet pourrait concerner la possibilité d'organiser, par la puissance publique, la remise en perspective ou bien la recontextualisation ou bien l'approfondissement de certains travaux de recherches controversés, afin d'essayer de créer du consensus.

Le second point concerne les préoccupations partagées. Le débat a mis en évidence l'opposition entre la peur de la fin du mois, évoquée par Eric Zemmour et la peur de la fin du monde, évoquée par Jacques Attali. Sur ce point, on comprend bien évidemment que celui qui ne sait pas comment acheter à manger à partir du 15 du mois sera moins enclin que d'autres à conceptualiser les problématiques réelles de potentielle fin de l'Humanité à horizon 2100 pour cause d'absence de traitement des problématiques liées à l'écologie. Ces deux préoccupations majeures doivent être prises en compte. L'une ne doit pas balayer l'autre. Il est de la responsabilité des hommes politiques de les traiter, l'une comme l'autre. Pour les traiter, les hommes politiques doivent au préalable les intégrer.

En conclusion, la France doit se doter d'outils efficaces qui serviront de soubassement à la création de constats et de préoccupations partagés pour permettre un élan collectif qui sera bénéfique à tous.

Merci à vous Messieurs Attali et Zemmour.

 

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