L'avenir d'un pays passe par une attention la plus grande  possible envers son système éducatif.

Le grenelle de l'Education, initié sous la présidence d'Emmanuel Macron, a pour objectif d'améliorer les conditions de travail des enseignants à partir de 12 engagements autour de plusieurs thématiques :  reconnaissance, coopération, ouverture, et protection.

A - Analyse détaillée de ces 12 engagements.

Engagement 1 - Mieux reconnaître financièrement l'engagement des personnels : 1,1 milliard d'euros en 2 ans (2021-2022)

L'attractivité d'un métier est un concept réel. Dans le second degré, les postes de titulaires sur certaines disciplines ne sont pas pourvus, faute d'un nombre insuffisant de candidats au niveau. Dans le premier degré, certaines académies recrutent, via le concours, des enseignants avec des notes très inférieures à la moyenne. Cela signifie que certains candidats reçus maîtrisent mal les fondamentaux notionnels (la maîtrise de la langue française et des mathématiques), pédagogiques et didactiques (la capacité à enseigner). Dès lors, la chute du niveau des élèves semble logique...

Un professeur des écoles néo-titularisé, qui sera diplômé d'un niveau Bac +5, gagne actuellement 1700 euros net, sachant que le tarif de sa mutuelle obligatoire doit en être déduit. Au bout de 10 ans de carrière, un professeur de écoles gagne en 2021 2000 euros net, sachant qu'une centaine d'euros doivent être déduits lié au prélèvement obligatoire concernant la mutuelle (pour un enseignant avec 2 enfants). Ce qui revient à un salaire de 1900 euros net mensuel. Les enseignants ne bénéficient pas d'avantages sociaux, contrairement à de nombreux autres métiers. Par ailleurs, on déplore le manque de candidat issus de filières scientifiques qui choisissent de devenir professeur des écoles. Le secteur informatique recrute énormément et aspire les candidats issus de cursus scientifiques. Un salarié débutant dans le secteur informatique à Bac +5 peut démarrer en 2021 à plus de 2000 euros net mensuel. A ce salaire, il faut ajouter des avantages diverses (primes de vacances, mutuelle 150 euros mensuel, chèque déjeuner 150 euros men suel, comi té d'entreprise...). L'écart de salaire entre un enseignant débutant et un salarié de l'inforclmatique débutant est donc, avantages inclus, de 700 euros mensuels. L'écart se creuse ensuite au fil de la carrière.  Si on replace l'évolution du salaire des enseignants dans le temps long, on observe d'ailleurs que la rémunération, de 1960 à 2014, a chuté de 40% (Article du Monde ). En définitive, la question du salaire est donc primordiale.

L'engagement du gouvernement  consiste à augmenter d'une centaine d'euros net mensuel les débutants et et proposer des augmentations dégressives en fonction de l'ancienneté. Un enseignant avec une dizaine d'années d'expérience verra son salaire augmenter d'environ 30 euros net mensuel. Les enseignants plus expérimentés, quand à eux, ne toucheront rien. Il n'y a par ailleurs pas non plus d'engagement ferme pour augmenter les salaires dans les années à venir. Il s'agit donc d'un coup de pouce, mais pas un big bang autour de la rémunération des enseignants.

Ce qui est extrêmement choquant, c'est que le jour de l'annonce des conclusions du grenelle de l'environnement, le ministre des comptes publics, Olivier Dussopt, annonçait 15 milliards d'aides supplémentaires aux entreprises du tourisme en difficultés. A un moment donné, un gouvernement doit comprendre que le système éducatif est un investissement fondamental pour le pays, qui sera rentable sur le long terme. Comment cela se fait-il qu'il soit si compliqué  en France de débloquer des milliards pour les enseignants alors que cela semble si simple pour les entreprises?

 

Engagement 2 - Donner à chacun la possibilité de faire connaître ses compétences et ses souhaits, Engagement 3 - Permettre à chacun d'être l'acteur de son parcours professionnel et Engagement 10 - Gérer les ressources humaines au plus près des territoires : les feuilles de route RH de chaque académie

D'un côté, la crise sanitaire a permis aux enseignants de démontrer leur capacité à innover, à s'adapter aux nouvelles contraintes et à de nouveaux environnements.

D'un autre côté, le métier d'enseigant est un métier extrêmement exigeant. Une partie de la population française a participé à la clas se à la maison lors des périodes de confinements liées à la crise sanitaire. Ces parents se sont rendus compte, en essayant de s'impliquer à la maison dans le suivi des apprentissages, que cela n'était pas si simple. Les parents portent désormais un nouveau regard sur leurs enseignants, empli de reconnaissance. Les parents comprennent que gérer une clas se nécessite une énergie considérable, qui est tout à fait incompatible avec les mesures d'allongement de carrière dans le cadre de réforme de retraite.

Ce second engagement du gouvernement doit permettre de proposer un accompagnement personnalisé de la carrière de l'enseignant pour qu'il puisse plus facilement exprimer ses souhaits d'évolution de carrière.

Il est absolument indispensable de préserver le système éducatif, qui nécessite de la stabilité. Les enseignants ont actuellement la possibilité d'évoluer au sein de l'éducation nationale. Cetté évolution peut être horizontale : passer du premier degré au secon degré ou inversement. Elle peut être verticale : l'enseignant devient maître formateur puis inspecteur. Ce système fonctionne bien et permet de proposer des évolutions tout en préservant une certaine stabilité. Ce système ne doit pas être dérégulé, car un enseignant a besoin de temps pour assoir son expertise professionnelle. Les mobilités d'un poste dans le secteur de l'enseignement à un autre poste dans le secteur de l'enseignement ne doivent pas être assouplies. Par contre, des partenariats doivent être noués avec les autres ministères pour que les enseignants, qui ont démontré leur capacité d'adaptation, puisse évoluer vers d'autres postes (gestion de projet par exemple), vers d'autres ministères.

En conclusion, il s'agit de 2 engagements très intéressants.

 

Engagement 4 - Personnaliser l'accompagnement des professeurs

 

Le métier d'enseignant nécessite des fondamentaux mais, comme de nombreux métiers, comprend une grande part d'apprentissage sur le terrain, au contact de la réalité.  Cet engagement doit leur permettre un accompagnement sur le terrain et compléter les formations, qui ne répondent pas toujours aux attentes. Il s'agit donc également d'un engagement qui permettra de développer de manière efficace les compétences des enseignants.

Cet engagement induit cependant une plus grande présence et une plus grande exigence de l'institution dans le quotidien de l'enseignant. Avec des conditions d'exercices parfois difficiles, une faible rémunération, un accompagnement qui serait trop intrusif aurait clairement un effet contre-productif sur l'attractivité du métier. Il sera nécessaire de mettre en oeuvre cet engagement avec des dispositifs bienveillants, compte tenu de l'exigence supplémentaire qui sera présente.

L'engagement 4 propose également un carré régalien visant à soutenir les enseignants et porter les valeurs de la République. Cette intiative est intéressante mais le travail fondamental  consiste à limiter l'impact d'organisations qui diffusent au sein des esprits des idées contraire aux valeurs de la République... Si on laisse une partie de la population  toujours plus importante adhérer à des valeurs contraires aux principes de la République (liberté individuelle, égalité, fraternité entre tous), le carré régalien sera dans un premier temps dépassé par les oppostions qui lui feront face et dans un second temps, il sera amené à disparaître.

 

Engagement 5 - Bénéficier de nouveaux avantages sociaux

 

Cet engagement est non chiffré donc n'a aucune valeur pour l'instant.

 

Engagement 6 - Construire un lien direct entre les personnels et les services administratifs

 

Il existe déjà des outils permettant aux agents de contacter les services administratifs. Lors de la conférence du 26 mai présentant cet engagement, il a été mis en avant la volonté de créer de nouvelles applications, plus avenante (Les applications "vont dire bonjour").  Cet engagement est pluôt de l'ordre du simple gadget.

 

Engagement 7 - Donner le pouvoir d'agir aux équipes éducatives de nos écoles grâce à une direction d'école consolidée

 

Le métier de directeur d'école est un métier extrêmement difficile, car il nécessite un nombre incroyable de compétences. Il faut savoir tout faire.

Le directeur d'école est par ailleurs, d'une certaine manière, le chef d'orchestre de l'école. Les situations délicates sont fréquentes dans les écoles. Le directeur doit pouvoir, dans certaines circonstances, sur certains sujets, bénéficier d'une certaine autorité. Il ne doit pas être le hiérarchique des collègues enseignants mais doit être l'autorité fonctionnelle de l'école et doit pouvoir, dans certains cas, décider.

Le directeur d'école a de très nombreuses missions nécessitant une implication forte. Cette implication doit être valorisée. C'est le sens de l'engagement 7, qui va dans le bon sens.

Engagement 8 - Donner plus d'autonomie aux équipes des collèges et lycées pour développer leurs projets

L'engagement 8 permettra d'introduire de nouvelles dynamiques pédagogiques dans les établissements, ce qui est égament positif.

 

Engagement 9 - Partager avec tous les personnels les évolutions du pouvoir d'achat et du bien-être au travail

 

Il s'agit de créer un observatoire des rémunérations et du bien-être au travail. Pourquoi pas? Sur la page du ministère, il est indiqué que celui-ci mettra en évidence la hausse de rémunération des enseignants depuis 2017. Il pourra être intéressant également de remettre ces informations en perspective au regard de la baisse des rémunérations initiée depuis les années 60.

Engagement 11 - Assurer une continuité pédagogique efficace

Cet engagement démontre que l'école va mal, puisque les heures de clas ses des élèves ne sont pas assurées. Il est donc effectivement nécessaire d'assurer la continuité pédagogique en cas d'absence.

L'essentiel reste malgré tout de travailler en amont sur le bien-être des enseignants pour prévenir les absences. C'est un chantier important qui porte sur plusieurs dimensions. Si l'on s'intéresse à l'aspect prévention santé, le grenelle indique une volonté de prise en charge de 15 euros des frais de mutuelle de chaque ensegnant. Dans le privé, la prise en charge par l'employeur des frais de mutuelles, pour des salariés à Bac+5, s'élève de 150 à 250 euros. Le compte n'y est donc pas. Par ailleurs, la climat de clas se est un élément déterminant qui conditionne le bien-être de l'enseignant. Laisser des organisations diffuser des messages contre-Républicains engendre mécaniquement une défiance vis à vis des agents de l'état (dont les enseignants), ce qui a un impact direct au sein de la classe. Ce point est un enjeu sociétal qui dépasse cependant le cadre du grenelle.

 

Engagement 12 - Faciliter l'accès à une formation continue davantage diplômante

 

Ce point est intéressant et permettra de valoriser l'implication de chacun dans son implication à se former.

 

 B - Impact des engagements sur le système scolaire

 

Le grenelle de l'environnement, de part son existence, affirme de manière implicite le lien entre les conditions du métier d'enseignant et la réussite des élèves.

Partant de ce constat, l'objectif du grenelle était donc de tenter de trouver des solutions pour améliorer l'attractivité du métier d'enseignant.

Le grenelle propose des éléments intéressants qu'il conviendra de mener au bout de la logique (mobilités). Le renforcement de l'accompagnement des enseignants dans la classe aura un effet bénéfique sur le niveau d'enseignement pour les élèves.

Compte tenu des mesures proposées, l'attractivité du métier s'améliore très légèrement compte tenu de l'engament modeste des augmentations salariales mais cela reste insuffisant.

Le climat de classe négatif lié au rejet des valeurs de la République ou bien au rejet de certains enseignements ou bien au rejet de la notion d'autorité de l'Etat par certains élèves est très peu évoqué, alors qu'il s'agit d'un élément important, même si il s'agit plutôt d'un enjeu sociétal.

En définitive, ces mesures vont plutôt dans la bonne direction même si certains engagements s'avèrent à première vue modestes.

 

C - L'engagement oubliée

 

L'engagement oublié concerne l'outillage des enseignants.

Au cours du 20eme siècle, les hommes ont réalisé un bond en avant extraordinaire dans leurs capacité à maîtriser leur environnement. L’exemple de l’agriculture est pertinent. Les recherches fondamentales ont permis l’invention du moteur à explosion et de grandes avancées en pétro-chimie. La recherche appliquée a ensuite conduit à l’éclosion d’une agriculture nouvelle, s’appuyant sur les machines et la chimie pour permettre une hausse de la productivité. Il s’agit bien d’une révolution agricole qui a vu, via une dynamique d’investissements conséquents, évoluer les exploitations de type artisanal vers des exploitations de type industrielle. Le même mécanisme a été observé dans le secteur de l’informatique (je l'ai vu se mettre en place). Les recherches portant sur les télécommunication, couplé à des investissements conséquents ont débouché sur le déploiement massif des réseaux internet. Le secteur de l’informatique, jusqu’au début des années 2000, employait des ingénieurs qui travaillaient de manière plutôt artisanale. Au début du 21eme siècle, une rationalisation a été observée avec la mise en place d’un écosystème industriel. Cet écosystème s’appuie notamment sur des centres de production et des outillages techniques permettant de traiter l’ensemble des problématiques de la conception au déploiement des applications à une échelle industrielle.

La question de l'outilllage des enseignants est un sujet délaissé par l'institution. C'est un sujet complexe car une réflexion sur ce sujet met en évidence certaines contradictions structurelles de la manière dont est envisagé historiquement l'Education Nationale et le rôle des enseignants.

Le métier d'enseignant est un métier difficile car il nécessite d'interragir auprès d'élèves tous différents et en parallèle échanger avec avec de nombreux partenaires. La liberté pédagogique des enseignants est fondamentale. La liberté pédagogique, c'est le fait que les enseignants choissisent eux-même la manière dont ils vont faire classe pour proposer les apprentissages aux élèves. Les apprentissages s'appuient sur des resources pédagogiques. Mais, à cause de cette liberté pédagogique, l'institution a délaissé la question des ressources pédagogiques. Toutes les ressources pédagogiques ne se valent pas. Certaines sont plus pertinentes que d'autres. L'institution aurait donc tout intérêt à valoriser la mutualisation des meilleures ressources pédagogiques, ce qui n'existe pas actuellement.

On pourrait tout à fait imaginer une application numérique de l'enseignant qui générerait un emploi du temps à l'année, en fonction de sa classe, de la nature de ces élèves (suite à des évaluations de début d'année), proposant les meilleures ressources pédagogiques associées. L'application serait paramétrable et permettrait à l'enseignant de choisir une autre organisation et d'autres ressources, dans le respect de la liberté pédagogique.

 

hernie21@politis21.fr