Après plusieurs siècles de successions de guerres terribles, les principales nations Européennes ont souhaité, au cours du 20ème siècle, après la seconde guerre mondiale, se réunir autour d'un projet commun, fédérateur et porteur d'espoirs, à la fois économiques et de paix. Ce sont les peuples qui ont repris la main.

Compte tenu des connaissances et de l'avance des nations Occidentales dans les domaines technologiques, militaires mais aussi monétaires et économiques par rapport aux nations dites en développement, les pays Européens ont pu, au cours de la periode des trente glorieuses, après la seconde guerre mondiale, dans une logique de reconstruction, connaître un développement économique formidable.

Ce développement économique s'est couplé d'un développement culturel homogène, de la création d'institutions favorisant la modération et mettant à l'index les formes d'extrémismes.

Les vieux ennemis qu'étaient l'Allemagne et la France, ont su construire, au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, une paix durable. La mise en place de dispositifs d'échanges internationaux, l'apprentissage des langues dans les pays respectifs. La bienveillance respective construite au sein de nouvelles générations de Français et d'Allemands ont aussi conduit à construire cette paix. C'est la connaissance de l'autre, l'échange avec l'autre, le respect de l'autre qui a permis cela. Et c'est aussi la volonté d'avancer et de constuire l'Histoire ensemble. C'était également regarder l'Histoire en face, comprendre ce qui s'était passé : l'intransigeance du traité de Versailles après la première guerre mondiale, l'horreur du nazisme. C'était cela, construire la paix. Il est intéressant de noter que d'autres pays, grâce au pétrole et au gaz, ont à l'inverse, presque au même moment à l'échelle du temps long, fait le choix de financer partout dans le monde une idéologie sectaire, de haine des autres, de conquête et d'entre-soi. Ce sont les graines de la guerre, et ces pays devront en porter la responsabilité tant que les Hommes pourront se souvenir.

Le postulat de ceux que l'on nomme les pères fondateurs de l'Europe étaient que les principales nations Européennes devaient converger vers un degré d'intégration le plus important possible afin de construire un ensemble économique et politique homogène. Quelques citations de Jean Monnet :

“Il n’y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstituent sur une base de souveraineté nationale, avec ce que cela entraîne de politique de prestige et de protection économique (…) Les pays d’Europe sont trop étroits pour assurer à leurs peuples la prospérité et les développements sociaux indispensables. Cela suppose que les Etats d’Europe se forment en une fédération ou en une entité européenne qui en fasse une unité économique commune.” Discours au Comité de Libération Nationale prononcé le 5 août 1943.

“Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent. Et la Communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain.” Mémoires, Fayard, Paris, 1976, p.617.

“La grande révolution européenne de notre époque, la révolution qui vise à remplacer les rivalités nationales par une union de peuples dans la liberté et la diversité, la révolution qui veut permettre un nouvel épanouissement de notre civilisation, et une nouvelle renaissance, cette révolution a commencé avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier.”

“Continuez, continuez, il n’y a pas pour les peuples d’Europe d’autre avenir que dans l’union.”

Depuis maintenant 70 ans, les Européens sont tiraillés entre le souhait de construire un projet commun avec leurs voisins et la crainte du désaisissement de leur souveraineté.

Que nous apporte aujourd'hui l'Union Européenne qu'il n'est pas possible d'envisager en dehors de l'Union ?

- la libre circulation des biens et des populations

- la possibilité pour les pays Européens d'emprunter de manière quasiment illimitée

- une obligation de stabilité géopolitique entre les pays Européens compte tenu de la monnaie commune

D'une certaine manière, la monnaie commune est le garant de la paix entre les pays Européens, elle est le ciment de la paix entre les pays.

L'Union Européenne est remise en cause aujourd'hui à cause du déclin de certains pays, dont la France. Pourtant, d'autres pays bénéficient pleinement des avantages de l'Union Européenne. Le PIB est un indicateur pertinent pour mesurer la richesse d'un pays. L'écart de PIB entre les pays les plus riches, comme les USA par exemple et les pays du sud de l'Europe, comme la France ou l'Italie par exemple, ne cessent de s'accroitre depuis 40 ans , en défaveur de la France et des pays du sud de l'Europe.

Ce déclin s'explique pour des raisons structurelles. L'Europe depuis Maastricht s'appuie sur 2 pilliers : l'ouverture des marchés et l'obligation de l'excellence.

L'Allemagne en a fait une force mais cela a à l'inverse pénalisé la France. Avec l'ouverture des marchés, seuls les secteurs de pointe et les marques reconnues à l'international ont pu tirer leur épingle du jeu. On peut citer en Allemagne l'industrie de la chimie (Bayer), de l'industrie automobile (Audi, Mercedes)... En France, il s'agit par exemple de l'industrie aéronautique (Dassaut), les cosmétiques (Loréal), les vins et spiritueux (crus clas sés, Pernault Ricard)...

La France, depuis la révolution de 1789, porte haut la notion d'égalité entre les citoyens. Cela implique des choix politiques comme le salaire minimum, une politique étatique conséquente de redistribution (allocations diverses). L'Allemagne, plus libérale sous influence d'un socle religieux protestant, a entrepris des réformes au début des années 2000 (Gouvernement Schröder) conduisant à donner davantage de latitudes aux entreprises, quitte à accroitre les inégalités et la précarité chez certaines populations. Les contraintes pesant sur les entreprises françaises ont conduit à des délocalisations, donc une désindustrialisation, ce qui n'a pas été le cas en Allemagne.

ll est temps aujourd'hui pour la France de regarder l'Europe les yeux dans les yeux et d'affonter la réalité en face. Comment la France doit-elle se positionner ?

I - Economie

La France peut choisir une convergence avec le modèle Allemand. Cela impliquera peut-être une flexibilité accrue du monde du travail, une hausse des inégalités. L'augmentation des inégalités ne peut être acceptable que si la richesse de chacun augmente, si chacun à accès à l'emploi, à la retraite, à la santé, à la culture et aux loisirs... La flexibilité peut être acceptée si des compensations sont prévues (droits à la formation). La France devra  également choisir le chemin de l'excellence et donc beaucoup mieux valoriser les individus en lien avec les secteurs de la connaissance (comme les chercheurs ou les professeurs par exemple). La France devra aussi s'aligner sur l'Allemagne concernant l'aquisition de la nationalité. C'est accepter  officiellement et non le cacher de manière hypocrite comme l'Etat français le fait aujourd'hui, que de nombreux étrangers travaillent en France sans minimum de salaire dans des secteurs à faible qualification qui peinent à recruter de la main d'oeuvre. C'est aussi, comme en Allemagne, limiter aux étrangers la possibilité d'acquérir la nationalité française. Ceux qui viennent en France devront travailler. Il sera nécessaire de mettre en oeuvre des synergies near-shore avec l'Italie, l'Espagne ou le Portugal à l'image de ce que l'on observe entre l'Allemagne et ses voisins de l'Est. Tout cela sera générateur d'une richesse collective qui permettra à la France de retrouver son rang de puissance. La reindustrialisation permettra d'offrir des emplois à tous, dans de nombreux territoires, qui pour certains, ont perdu leur attractivité. Les français devront également accepter de jouer le jeu et d'accepter les emplois créés. La baisse du chomage permettra une diminution des charges de entreprises et une hausse des salaires, engendrant un cycle vertueux. C'est aussi impliquer les salariés dans les entreprises avec la mise en place d'un intéressement aux résultats. C'est redonner de la vigueur aux syndicats pour les négocations entre salariat et patronnat.  La France devra aussi être forte et sanctionner les abus (les chomeurs éternellement en formation, les entreprises qui ne déclarent pas leurs salariés, les fraudes à la sécurité sociale et aux impots...). C'est aussi conserver les fleurons de l'industrie française. C'est un chemin qui a fait ses preuves, la réussite industrielle de l'Allemagne en est l'illustation.

Une autre voie pour la France consiste à engager l'Europe sur le chemin de la réciprocité avec ses partenaires extra-Européens avec la mise en place de barrières douanières sociales et environnementales. Les entreprises des pays extra-Européens ne respectant pas les normes sociales (droit au chomage, droit à la retaite par exemple) verraient une surtaxe sur leurs produits lors de leur arrivée  en Europe. C'est un chemin de transformation positive de l'économie mondiale. Mais c'est un chemin plus incertain, car il nécessite l'accord de nos partenaires Européens. Il peut potentiellement entraîner des effets de bords jusqu'ici inconnus. Peut-il être possible de mettre en oeuvre des barrière douanières sociales et environnementales en France dans l'optique qu'elles se généralisent en Europe? Comment réagiront les partenaires européens et extra-européens? Quels sera l'impact sur la monnaie? C'est une voie qui semble également fortement inflationiste, quels seraient alors les impacts sur les retraites? Il y a aussi la question de la préférence communautaire pour les marchés publiques. La Chine et les USA le pratiquent. Pourquoi pas les pays de l'UE?

S'engager sur les 2 voies serait peut-être une piste intéressante. La France dépend aujourd'hui de la bienveillance de la BCE, qui rachète de manière indirecte une partie importante de ses émissions de dettes. Sans l'action de la BCE, la France serait en faillite. C'est donc un moyen de pression que les instances dirigeantes de l'Union Européenne détiennent sur la France. La France devra donc jouer son avenir à travers des négociations qui seront sans doute complexes... Ces chantiers ne peuvent en aucun cas être éludés.

 

 II - Sécurité

Les USA ont conduit une politique étrangère désastreuse depuis 50 ans. Bienveillance et soutien aux organisations djihadistes face aux communistes.  Les USA ont été un facteur de déstabilisation majeur du  Moyen-Orient, via notamment le renversement de Sadam Hussein en Irak. Leur passage ne laisse que des ruines et laisse la voie grande ouverte aux fanatiques de toutes sortes. Il n'est aujourd'hui plus possible de les suivre dans leurs funestes opérations.  Le ménagement de la Turquie d'Erdogan, qui tisse sa toile autour de la Turquie jusqu'en Europe, l'intervention auprès de l'Australie pour annuler la vente des sous-marins français, les USA ne se comportent pas comme un allié. Ils doivent répondre de leurs actes et être considérés aujourd'hui comme un partenaire privilégié. Rien de plus. Les USA sont perpetuellement à la recherche d'un nouvel ennemi. Les communistes hier, puis la Russie. Aujourd'hui la Chine. La défense Européenne est plus que jamais nécessaire. L'OTAN doit être fortement questionné...

 

 III - Transition écologique, matières premières et énergies

 L'enjeu des Européens sera au cours du 21ème siècle l'accès aux matières premières. Une politique commune doit être mise en oeuvre dans un souci de limitation du réchauffement climatique. Ce point a été abordé dans cet article. La France, patrie bleue, peut tirer son épingle du jeu avec son potentiel ultra-marin. 

 

Le positionnement de la France vis à vis de l'Europe est donc un chantier vaste et qui doit être abordé dans sa globalité. Un nouvel équilibre doit être trouvé au sein du couple franco-allemand. Les partenaires Européens doivent avoir conscience des atouts de la France et doivent s'en servir comme points d'appuis. L'Allemagne doit aider la France à rester une puissance. Sans cela, la confiance sera rompue et la France devra alors comprendre que l'Union Européenne n'était qu'un rêve magnifique mais épĥémère.